MIOSHE - 2020

Crédits photos : Ville du Mans

Sur la large façade arrière de la Cité du Cirque, équipement incontournable de l'enseignement et de la pratique des sports, des arts et de la culture au Mans, l'artiste rennais MioSHe n'a pas oublié la vocation première du bâtiment, à savoir celle d'une ancienne piscine populaire et restée légendaire pour les habitants. Ainsi, il a créé un ballet mi-circassien, mi-aquatique pour ses personnages filiformes et oblongs, jouant de tubes et de cylindres, et dansant littéralement sur le rose pêche du mur, faisant face à l'Huisne et la Promenade Newton, sur lesquels les esprits plus imaginatifs n'hésiteront pas à rêver que le ballet s'y poursuive.

Peux-tu m’expliquer le sens de la fresque que tu as réalisé ici au Mans ?

MioSHe : « Alors la Cité du Cirque, pour resituer, mon principe de travail c’est de travailler avec l’environnement, avec le paysage, avec si possible l’histoire du quartier, l’histoire sociale du lieu ou le patrimoine. En tout cas il faut qu’il y ait un lien direct avec tout ce que je fais, tout ce que je produis sur place. Là, l’idée c’est de travailler sur les thématiques du cirque mais pas au sens premier du terme. Là, c’est plus le corps en mouvement, c’est l’art du corps le cirque en fait, du coup il y a cette dégringolade de tuyaux qui tombent. Il y a des personnages qui se jouent de cela, qui défient l’apesanteur et qui se retrouvent en l’air, éclatés dans l’instant où en fait il y a la dégringolade, cette tombée de cylindres. C’est cela l’idée, c’est de figer un moment où il y a des personnes qui sont un peu en train de distribuer, de jouer avec ces énormes cylindres et forcément il y a la référence à la performance du cirque et aussi un peu la danse contemporaine, il y a un truc un peu sur la danse. Sachant que ces personnages évoluent, ils ne sont pas à l’échelle mais ils marchent littéralement sur certaines zones du toit, ils se retrouvent à se casser la gueule, à se rattraper, à se hisser les uns, les autres… »


Comment procèdes-tu pour la réalisation de cette fresque ?

MioSHe : « Il y a Mathias qui nous a fait une image intéressante sur l’imprimante géante. Quand on est sur une nacelle, on essaye de d’abord commencer sur les parties hautes donc on trace tout au charbon avec une baguette. Le charbon quand tu le tapotes, les traits d’esquisses après disparaissent, ce qui est quand même une technique assez cool. Tu ne vois plus les traits de construction. Donc on commence par le haut comme une imprimante géante. En tout cas l’idée c’est de commencer par le haut car quand tu as des coulures qui tombent sur le bas de la fresque, finalement ce n’est pas très grave puisque tu vas les repasser. C’est une méthodologie qui est un peu plus intéressante que de faire un peu n’importe comment. Mais bon cela je l’apprends au fur et à mesure. Même après quinze ans de peinture, je découvre encore des choses. Là, avec Mathias, il a de la bouteille aussi, il a une expérience de fou en termes de peinture. C’est un peu ça l’organisation : on trace d’abord, après on remplit et on commence toujours par le haut. On remplit avec des rouleaux, des pinceaux et on remplit en acrylique, peinture façade. On est sur des techniques traditionnelles. Pas d’aérosol. On fait aussi beaucoup de scotch, de gabarits. J’avais une sorte de règle géante pour tracer tous les tuyaux et aussi pour tracer toutes les formes architecturales, d’abord au scotch. Les personnages sont à main levée. »